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La votation électronique, approches et risques
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La votation électronique, approches et risques

  • Niveau Technique

Le vote électronique et, plus globalement, la démocratie en ligne sont des enjeux primordiaux pour l’évolution de notre démocratie, des affaires électroniques et de l’amélioration de la participation citoyenne à la gouverne de l’état. De plus, ces mécanismes permettront certainement, à terme, de diminuer sensiblement les coûts reliés à l’exercice de la démocratie.

 

L’expression votation électronique regroupe une panoplie de technologies opérant sur plusieurs canaux de distribution possibles. Vous pourriez voter de différents lieux (maison, bureau, bureau de vote, lieux publics) avec des méthodes d’authentification variées, des interfaces diverses (PC, machine de votation et lecteurs optiques, WAP/3G, téléphone, terminaux de loteries, guichets automatiques, télévision interactive) et via des réseaux diversifiés. En fait, Lawrence Pratchet de l’Université De Montfort a dénombré 136 combinaisons possibles de chacun de ces éléments participants à la votation électronique.

L’approche

Pour une deuxième fois, l’agglomération de Montréal s’apprête à utiliser des urnes électroniques (machines à voter et/ou lecteur optique) pour permettre aux électeurs d’exprimer le suffrage lors des prochaines élections municipales. Dans un contexte plus général, les gouvernements du Québec et du Canada ont des intérêts majeurs à investiguer, expérimenter et adopter les pratiques et les technologies liées à la démocratie en ligne.

C’est d’ailleurs le gouvernement du Québec, via le Directeur général des élections ainsi que le ministère des Affaires municipales, du Sport et du Loisir qui supervisent et autorisent les expérimentations de votation électronique. Ce sera donc eux qui, ultimement, dicteront les paramètres à respecter et à valoriser dans l’implantation de telles solutions pour les municipalités, les commissions scolaires et le gouvernement provincial. Ils doivent donc s’assurer que les expérimentations favoriseront l’adoption des possibles technologies si nous voulons qu’un jour nous puissions bénéficier des nombreux bienfaits de la votation électronique, expérimentée dans plusieurs autres pays.

Le risque

Jean-François Lisée et Michel Dumais ont déjà exprimé avec un certain aplomb les diverses réticences qu’ils avaient face à la votation électronique. Nous avons tous en mémoire les nombreuses péripéties désastreuses de nos voisins américains en matière de votation électronique et en termes de votation non-électronique (vous vous rappellerez sans doute l’épisode des « chads » de la première élection de George Bush). Pourquoi est-ce que je vous parle des Américains ? Parce qu’ils sont l’exemple le plus cité par les médias et parce qu’ils sont l’exemple le plus négatif de ce qu’est ou peut être la votation électronique.

Ce qui est malheureux avec l’adoption par l’agglomération de Montréal de ce type de votation électronique (les machines à voter), c’est que nos élus municipaux optent pour l’une des technologies de votation électronique qui inquiète le plus les experts de la planète, qu’ils le font dans une optique de canal unique en retirant unilatéralement la possibilité de continuer de voter sur papier et de choisir cette forme de vote électronique si cela nous convient et qu’ils risquent d’aliéner la population à toute autres initiatives de votation électronique pour leur juridiction mais aussi pour les autres paliers gouvernementaux.

Pourtant, de nombreux pays tels que le Danemark, les Pays-Bas, le Portugal, l’Espagne, la Grande-Bretagne ou la Suisse ont expérimenté avec succès le vote électronique. Qu’avaient-ils de particulier pour réussir ? Ils ont fait des expérimentations progressives et multicanaux, permettant aux électeurs de se familiariser avec diverses technologies de votation tout en conservant la possibilité de voter de manière traditionnelle (avec un papier et un crayon).

Épilogue

Pour reprendre une illustration de KPMG dans un rapport sur la votation électronique de 1998, si les banques avaient introduit le commerce électronique (guichet, services bancaires téléphoniques, cartes de débit) de façon brusque et équivoque en retirant toutes possibilités aux consommateurs de pouvoir continuer de transiger aux comptoirs avec des caissières, ils auraient protesté avec véhémence et avec raison. Les banques ont plutôt choisi d’introduire progressivement différentes technologies de transactions qui ont été acceptées, adoptées et sont maintenant appréciées des consommateurs. Les banques peuvent maintenant bénéficier d’un ratio de 10/1 relatifs aux coûts d’une transaction au comptoir versus celui sur Internet.

Nos élus devraient s’inspirer de ce qui s’est fait par les banques, par d’autres pays que les États-Unis et instaurer progressivement des technologies diverses avec une approche multicanal, tout en conservant la possibilité de voter selon le goût de chacun. Ils pourraient ainsi réaliser des économies à long terme, identifier les canaux les plus appréciés des consommateurs et surtout ne pas s’aliéner la population et les commentateurs envers une réalité que nous n’avons pas encore commencé à explorer.

Par Michel Leblanc

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