
Goldman and Sachs annonçait le 5 janvier qu'elle investissait 500 millions de dollars conjointement avec le groupe russe Digital Sky Technologies dans Facebook. Fait exceptionnel, la valeur de Facebook est passée de 5 millions à 50 milliards de dollars en 6 ans et 4 mois. Bulle financière ou pas? Facebook vaut-elle vraiment 50 milliards ou non? Marie-Elodie Molle et Jean-Sebastien Chouinard débattent cette nouvelle avec vous aujourd'hui. Elle y croit, lui n'y croit pas.
Marie-Elodie y croit.
Je pense que Facebook vaut 50 milliards. Pour débuter, il est important de remettre cette somme, qui peut paraître disproportionnée, en perspective : Google vaut 197 milliards, Apple vaut 309 milliard. Vous me répondrez sûrement que la différence entre Facebook et ces entreprises réside dans ses actifs, son ancienneté et sa capacité à générer du profit. Je suis d'accord, cependant Facebook est, selon moi, une mine d'or encore peu exploitée, pour les trois raisons suivantes :
L'actif principal de Facebook est sa base de données. Elle contient 600 millions de membres, dont plus de la moitié se connecte au moins une fois par jour. Un utilisateur possède en moyenne 130 amis et adhère à 80 pages. La force de cette base de données, c'est d'être le reflet de la vie des membres, ou plutôt de ce qu'ils veulent partager (et donc paraître): ce qu'ils aiment, ce qu'ils vivent, leur statut matrimonial... Chaque mois, 30 milliards d'éléments de contenus sont publiés sur Facebook. Imaginez-vous posséder une telle base de données, dont le coût par membre serait seulement de 83$. Serait-il vraiment impensable qu'une entreprise soit prête à payer un tel prix pour obtenir autant de renseignements sur ses clients ?
Le potentiel de revenus publicitaires de Facebook est énorme. Selon eMarketer, les revenus publicitaires de Facebook pour 2011 sont estimés à 4,05 milliards de dollars, soit 8,7% de la proportion des revenus totaux dépensés en publicité.

En continuant d'innover sur sa plateforme, Facebook pourrait même dépasser ces objectifs. L'annonce cette semaine du lancement des « sponsored stories » reflète bien l'état d'esprit de Facebook : la publicité est le nerf de la guerre, et la qualité de sa base de données le rend d'autant plus attrayant pour les annonceurs. Aucune surprise donc dans le fait que Facebook ait assoupli ses règles pour autoriser les entreprises à mettre en place facilement des promotions: quoi de mieux que d'annoncer sur Facebook qu'on fait un concours sur sa page ?
Social Shopping + géolocalisation = $. Avec Facebook Places, les membres ne disent plus seulement ce qu'ils font, ce qu'ils aiment, mais où ils sont. Avec Facebook Deals, les entreprises peuvent déjà envoyer une promotion à un client qui « check-in » dans leur magasin. Qu'en serait-il si Facebook rendait possible la segmentation de Facebook Deals en fonction du profil des membres ? Imaginons : je suis une femme, je suis fan de la page de Levi's sur Facebook et j'ai récemment dit chercher de nouveaux jeans. Gap pourrait décider de payer plus cher pour communiquer avec moi en magasin, sachant que je suis qualifiée et prête à acheter.
Jean-Sebastien n'y croit pas.
Avant toute chose, j'aimerais spécifier que je suis un grand fan du potentiel commercial de Facebook. Ses dirigeants ont su capitaliser sur les forces du réseau et créer un service qui est maintenant rendu aussi commun que le courriel.
Je pense que Facebook ne vaut pas 50 milliards. Dans les faits, Facebook a généré 2 milliards en revenus publicitaires, fort contraste avec une capitalisation de 50 milliards, équivalente à celle de Boeing et qui se chiffre à 25% de la valeur de Google. Le géant de la Silicon Valley aurait généré des revenus de près de 30 milliards de dollars en 2010. Si nous comparons leurs ratios valeur/revenu généré (EV/R), Google est à 6,6 (200/30) contrairement Facebook qui est à 25 (50/2). Évidemment, plus le ratio se rapproche de 1 plus les fondements (actifs, revenus, valeur de la marque) de l'entreprise sont solides, et a donc une plus grande valeur pour l'investisseur. En conclusion, Facebook est empreint d'une spéculation financière générée par des investisseurs voulant profiter de la manne.
Pour l'instant, Facebook a un portefeuille d'actifs peu diversifié. À l'exception des revenus publicitaires provenant de son réseau Facebook Ads (35%), du Social Gaming (55%), du placement médias avec le réseau Microsoft (8%), des biens virtuels (2%), rien ne semble justifier une valeur si grande. Le Social Graph est en train de redéfinir comment nous interagirons sur le web, mais je doute que cet actif couplé à son offre publicitaire justifient sa valeur. Facebook est un réseau fermé, ce qui limite forcément l'expansion à outrance et se butera éventuellement à un plafond d'utilisateurs actifs. Ils n'auront pas d'autres choix de trouver d'autres sources de revenus comme le nouveau produit publicitaire Sponsored Story, monétiser Facebook Places et Pages grandement utilisées par les entreprises ou de rentabiliser LiveStream.

Loin de moi l'idée de ramener sur la table le spectre de l'achat de MySpace par Murdoch pour 580 millions et du fiasco qui s'en suivit, mais certains journalistes économiques semblent critiquer le geste de G&S alléguant des tactiques de spéculation profitant aux mieux nantis. Leur tactique était simple et fut refusée par le S.E.C.: allez chercher 1,5 milliard de dollars en offrant leurs parts acquises à leurs riches clients exigeant un placement minimal de 2 millions de dollars pour une période minimale de 2 ans.
Le débat est maintenant lancé. Vous pouvez réagir en commentant sur le blogue!
Les pourcentages sont basés sur la proportion des revenus générés estimés par Inside Facebook en 2009.





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« Évidemment, plus le ratio se rapproche de 1 plus les fondements (actifs, revenus, valeur de la marque) de l’entreprise sont solides [...] »
J’ai pas fait de major en finance, mais je crois que ton interprétation tient pas la route…
Ce ratio n’est pas un indicateur de la solidité financière d’une compagnie. Il est plutôt une métrique d’évaluation de la valeur boursière. Et ce ratio ne veut rien dire seul, c’est uniquement en le comparant qu’on peut en dégager une interprétation.
Si le ratio est plus bas qu’une entreprise similaire dans le même marché et dans la même industrie, ça peut indiquer que l’achat de cette entreprise est une bonne affaire (et une bonne affaire ne rime pas toujours avec une « valeur de la marque » solide). Si ce ratio est plus élevé que des entreprises similaires, ça indique que Wall Street a une confiance que la compagnie est vouée à un bel avenir.
Chaque industrie est différente (principalement parce que ce ratio ne tient pas compte des profits!). GM à un Price-to-sales ratio de 0.55… et je suis pas sur que GM serait « une bonne affaire ».
Louis
http://www.investopedia.com/articles/fundamental/03/032603.asp
Je suis 100 % d’accord avec Jean-Sébastien, la valeur chiffrée à 50 milliards de Facebook est pure spéculation. Facebook à beaucoup de POTENTIEL, mais ses faibles revenus comparativement à Google n’en fait pas une entreprise avec beaucoup de VALEUR FINANCIÈRE.
Je suis d’acc avec toi Jean-Sébastien. Le (EV/R) est effectivement stratosphérique et ça ne vaut même pas la peine de calculer un P/E puisque c’est même pas certain que FB fasse des profits significatifs (à cette échelle, il faut compter en milliards).
Les gens qui pensent que FB vaut une fortune flashent toujours les revenus plutôt que ce qui compte vraiment: les profits. Une approche par revenus est valable pour une jeune entreprise en croissance, mais je considère que FB est arrivé à un certain stade de maturité. Et s’ils n’ont pas trouvé comme faire des profits après 7 ans d’existance, c’est qu’ils le trouveront jamais (Google a lancé Adwords 2 ans après son incorporation).
Anyway, je reste bon joueur avec FB et j’achèterais biens des actions si j’en avais l’occasion. Mais ça serait dans mon porfolio « méga spéculatif/je suis prêt à perdre ce cash »
Merci pour ton commentaire Louis. Tu es toujours aussi challengeant.
En effet, il ne faut pas prendre le ratio seul et il faut le comparer à une entreprise dans une industrie similaire. C’est pourquoi je l’ai comparé à celui que Google possède. Je n’ai pas une major en finance non plus, mais contrairement à ce que tu affirmes, plus le ratio est élevé plus le facteur spéculatif est élevé, tout comme le facteur de risque. Alors, plus le ratio est bas, plus l’investissement boursier serait de qualité.
@Alex et Jean. Merci aussi pour vos apport qui sont très intéressants.
JS