L’iPad et le monde de l’édition
Publié le 6 mai 2010 par Laurent

À la suite de deux questions très pertinentes de Frédérick à mon dernier article concernant mes impressions de l’Ipad, je me suis aperçu qu’il y avait matière à écrire un nouvel article pour réellement répondre à ses questions, mais de manière plus large.
Mon point de vue d’ergonome
L’iPad est considéré par beaucoup comme le sauveur du monde de l’édition et cela avant même qu’il ne sorte début avril. Ainsi, nous avons pu lire des articles clamant haut et fort qu’il était révolutionnaire dont Wired qui en fit sa couverture d’avril dernier. C’est donc avec un certain engouement et avec curiosité que j’ai rapidement téléchargé toutes les premières applications de magazines et de journaux afin de me faire une tête sur le sujet.
En tant qu’ergonome, cette période est vraiment intéressante, car nous nous trouvons dans une phase exploratoire de ce nouveau médium qu’est l’iPad. Oui, l’iPad, ce Big iPod Touch est bien un nouveau médium ! Pourquoi ? Simplement parce que la différence de taille de l’écran entre l’iPod / iPhone et l’iPad engendre un changement de perspective, de besoins et de limites d’utilisation. Ainsi, non, vous ne pouvez pas le mettre dans votre poche, mais oui vous pouvez lire un site web en entier comme sur un ordinateur sans avoir le clavier qui vous sépare.
Ainsi, il faut que les concepteurs revoient l’interface, les interactions voire même parfois le concept de leur application afin de rencontrer les nouveaux comportements et besoins des utilisateurs dans leur utilisation de l’iPad. Il faut repenser hors de la boîte !
En utilisant les différentes applications de magazines et journaux, j’ai répertorié différentes manières d’interagir d’après ce que chaque éditeur pense être la meilleure interaction avec leur média. Je me suis aussi « obligé » à lire et à utiliser la majorité de ces applications afin de voir comment moi, en tant qu’utilisateur, j’avais tendance à vouloir réagir avec le média alors qu’aucune règle ni meilleure pratique n’existe encore pour cette plateforme (à l’exception du cadre imposé par Apple pour les applications) et que donc aucun standard n’est imposé autant à l’utilisateur qu’au concepteur. Ce fût, et c’est encore, très instructif, car, contrairement à l’ordinateur qui nécessit l’utilisation d’une souris et d’un clavier, l’iPad propose une interaction naturelle et physique. Cela nous oblige de fait à prendre en considération non seulement l’ergonomie de l’application ou du site, mais également le comportement naturel, physiquement ancré, de l’utilisateur.
Un point de vue plus stratégique
Pour répondre à la question : « Est-ce que le monde de l’édition devrait se lancer dans le développement d’une offre de contenu spécifique pour l’iPad et les autres tablettes ? »
Je dirai que ça dépend de chaque cas et qu’une analyse d’affaires devrait être faite afin de bien déterminer les besoins, les coûts et le ROI de la création d’une application spécifique pour l’iPad.
En effet, celui-ci met de l’avant ce qui est beau (belles photos, belles mises en page, design, vidéo, etc.). Pour les magazines, cela semble donc être le nouvel Eldorado. Cependant, il faut que chaque éditeur réfléchisse s’il doit faire partie de l’avant-garde pour entre autres gagner en visibilité ou s’il devrait plutôt attendre que la phase d’exploration se termine avant de mettre ses billes dans la partie afin de réduire les coûts de production et d’essais et erreurs.
Si on prend l’exemple de Wired, il est clair que, vu son lectorat, le magazine à tout intérêt à faire partie de ceux qui seront à l’avant-garde. D’ailleurs, je commence à trouver qu’ils sont en retard puisque leur application n’est pas encore sortie alors que le lancement de l’iPad a eu lieu il y a 1 mois. En même temps, je sais que le lectorat de Wired, dont je fais partie, a des grandes attentes et un haut niveau d’exigence quant à l’application que ce magazine devrait être capable de nous fournir. Si je rajoute à cela, le renforcement de la politique d’Apple contre Flash et le travaille déjà réalisé par Wired avec Adobe avant le lancement de l’iPad, je soupçonne que Wired est mis à mal et doit revoir sa manière d’aborder l’iPad ce qui expliquerait la longueur du délai de la sortie de son application.
Il est clair que cette phase exploratoire est nécessaire et importante en terme de temps et de budgets afin qu’autant les utilisateurs que les concepteurs arrivent à cerner ce nouveau médium. Si nous remontons au début de la télévision, les émissions n’étaient que des présentateurs radio filmés et diffusés sur le nouveau médium qu’était la télévision. Lorsque l’on voit maintenant jusqu’où elle a évolué, on se rend compte de comment nous pouvons sous-estimer l’iPad et comment les premiers essais sont, pour la plupart, trop proches soit du Web, soit des magazines papiers. Il faudra donc, comme pour tous les autres médiums, créer un nouveau paradigme.
Modèle d’affaires, applications et sites web
Est-ce que je payerai pour un abonnement ou pour une application spécifique plutôt que d’aller sur le site web ?
De mon point de vue, oui, je serai prêt à payer pour une application d’un magazine comme Wired, alors que tout son contenu est disponible sur son site Web, pour plusieurs raisons :
- Pour la beauté de la mise en page comparée aux pages web
- Pour l’interaction contextuelle au contenu et particulière au médium
- Pour son prix peu cher (même si accompagné de pub, mais du moment que celles-ci soient belles, originales et allument quelque chose en moi)
- Pour la qualité et la profondeur des contenus et des articles de fond qui entrent en opposition directe avec les breakings news d’Internet qui manquent souvent de perspectives.
- Pour l’accessibilité au contenu en mode hors-ligne
- Pour pouvoir archiver les articles qui m’intéressent sans me retrouver avec une pile de magazines dans mon salon
- Pour pouvoir «constituer» mon magazine d’après des critères de recherche / sélection (exemple: je veux voir tous les articles qui parlent d’ergonomie et de nouvelles technologies depuis 1995)
- Pour être capable de continuer ma lecture d’un médium à un autre (je commence le matin sur mon iPad en déjeunant, puis sur mon iPhone en prenant le métro et enfin sur mon ordinateur de bureau avant de commencer à rédiger un blog post sur les réflexions engendrées)
- Et parce que je suis fan de ce magazine et que je souhaite qu’il reste en vie…
Je payerai donc pour une application de magazine qui a une réelle valeur à ajouter comparée aux autres médiums (Web, papier, etc.) par lesquels je peux atteindre le même genre de contenu voire le même contenu. Cette valeur pourrait provenir de contenus exclusifs, mais pas seulement ! Pourquoi ? Parce que l’iPad est un médium d’interaction et expérientiel. On aime le toucher, le caresser, l’avoir en mains.
Je pense que l’iPad réussit à créer un lien émotionnel, voire affectif, avec son détenteur. Il n’est pas froid comme un ordinateur. Il n’y a pas le clavier et la souris qui séparent notre relation à l’écran et donc au média qui y est affiché. Je suis donc persuadé que c’est dans cette direction que les éditeurs doivent se diriger. Finalement, je crois que le défi réside maintenant dans le fait d’offrir une expérience assez tactile et expérientielle pour conserver ce lien émotionnel entre l’utilisateur et l’iPad, pour qu’il soit ensuite transposé au média, tout en étant cohérent dans l’interaction et le comportement (tactile) naturel de l’utilisateur le tout vers un but précis : que les interactions créées puissent devenir les nouveaux standards de demain.
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Tags: Ergonomie Web, Ipad, journaux, magazine, modèle d'affaires, technologie







mai 6, 2010 à 13:51
Bon commentaire, je suis en accord avec l’article, je pense aussi qu’il sera un bon média de lecture. Je trouve par contre décevant de voir que son prix est plus élevé que les minis qui sortent, malgré qu’il traînent un clavier … Je n’ai pas l’impression que ce prix est justifié.
mai 7, 2010 à 14:15
Bonjour Pascal,
Je pense qu’il faut mettre les choses en perspective autant pour l’iPad comme médium de lecture que pour son prix.
L’iPad est un bon médium de lecture si vous lisez beaucoup d’articles sur Internet, que vous regardez des vidéos, lisez des magazines ou tout autre média avec du multimédia (photo, vidéo, son, etc.). Par contre, si vous lisez majoritairement, voire exclusivement, des livres, un e-reader qui utilise la technologie e-ink serait peut-être plus adapté.
En effet, il ne faut pas oublier que l’iPad possède un écran de type ordinateur (pour simplifier) et qu’il peut donc être plus fatigant à la longue que du papier / e-ink (d’après votre habitude à lire / travailler sur un ordinateur). De même, il subit les effets indésirables du Soleil sur son écran (reflets et baisse de la luminosité). Ainsi, l’iPad n’a pas besoin de lumière de chevet pour qu’on puisse lire avec, alors qu’en plein soleil, il deviendra difficilement lisible ce qui est tout le contraire d’un e-reader avec la technologie d’affichage e-ink comme le Kindle d’Amazon.
Comme toujours, il faut donc bien s’observer et savoir ce que l’on veut faire avec l’appareil afin d’acheter l’appareil qui nous convient le mieux (en sachant que l’appareil parfait n’existe pas !)
Pour ce qui est du prix, je ne pense pas qu’il soit exagéré. Lorsqu’on le compare avec le prix du iPhone et des Mac Book d’entrée de gamme, l’iPad a un prix qui me semble juste. Aussi, le Mini de Dell n’est pas comparable, technologiquement parlant, à l’iPad. Rien que le coût de l’écran tactile de cette taille est beaucoup plus cher que l’écran traditionnel du Mini.
Par contre, il est clair que Apple reste toujours plus chère que les autres fabricants comme Dell (cfr le mini). Cependant, Apple innove et propose du design centré sur l’utilisateur… C’est donc à vous de choisir entre un prix plus cher (on ne le cachera pas) pour un appareil innovateur, plus simple d’utilisation et avec un design plus « humain » ou un prix moins cher, mais où vous allez devoir faire plus d’efforts personnels.
J’espère que cela vous aidera à définir si l’Ipad est fait pour vous ou pas.
PS : Je travaille et utilise autant les produits Apple que les produits d’autres fabricants (Lenovo, Nokia, Logitech)
mai 11, 2010 à 5:55
Je suis très attaché au format papier personnellement, surtout pour tout ce qui est archivage et conservation, ca deviens vite le bazar en numérique et on garde beaucoup plus de choses.
Ça me conviendrait plus pour lire quelques pages plutôt qu’un bouquin entier. Donc c’est encore un peu chère vu l’utilisation que je pourrai en avoir.
mai 11, 2010 à 12:17
Bonjour Dijix EcoloGeek,
Je comprends ton attachement au papier. Moi-même, j’aime le toucher et l’odeur de l’encre d’un nouveau livre! Il n’y a rien à faire un livre, c’est beau! C’est un bel objet. D’ailleurs, la première chose que je regarde lorsque j’arrive dans une maison… c’est la bibliothèque. J’aime flâner devant une bibliothèque pour voir si je connais un livre ou si j’accroche sur un titre en survolant celle-ci.
Par contre, je ne comprends pas ton lien avec la facilité d’archivage et de conservation. En effet, pour moi, il est beaucoup plus facile d’archiver et de stocker de manière électronique que de manière physique. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle je m’intéresse beaucoup à l’iPad, car, avec mes multiples déménagements, je sais comment c’est lourd et cher de transporter sa bibliothèque physique d’une place à une autre et encore plus de faire revenir ma bibliothèque de Belgique! Ainsi, même si j’ai du mal à me passer du toucher et de l’odeur du papier, je sens que c’est le meilleur moyen de conserver mes livres et de pouvoir les lire ou les relire n’importe où.
Il est vrai que nous avons tendance à accumuler beaucoup plus de choses dues au format électronique. C’est la raison pour laquelle j’espère l’arrivée plus massive (et plus abordable) du cloud computing afin que je ne doive plus jongler avec les disques durs externes! Cependant, cela montre aussi l’importance grandissante des logiciels d’archivages, mais surtout d’exploration, que ce soit pour les ordinateurs de bureau ou pour les appareils mobiles. Si l’on s’intéresse par exemple à la gestion des photos numériques dont le nombre à exploser comparativement au nombre de photos argentiques que nous conservions il y a à peine quelques années, on se rend compte comment des logiciels comme Iphoto, Lightroom et autres sont importants de par leurs fonctionnalités telles que le classement automatique en dossier en utilisant la date de prise de vue.
Pour finir, c’est bien que vous sachiez ce que vous avez besoin et je vais dans votre sens quant vous dites que c’est encore chère pour l’utilisation que vous en auriez. Effectivement, il n’y a rien de pire financièrement et écologiquement parlant que d’acheter un objet inutile, même si la société de consommation nous y pousse.
septembre 9, 2010 à 11:38